LA BONNE HOMME
Un jour, le petit homme avait voulu illustrer son histoire de petite fille réalisant un bonhomme de neige.
Déjà, bizarrement, il avait pris son crayon rouge, pas vraiment représentatif de la poudre blanche, et esquissé, vite, du bout de la mine mal taillée, un dessin qu’il avait instantanément jugé mauvais.
Mais quelque chose le retenait de jeter le papier. Il savait par expérience qu’en rajouter, couche après couche, ne ferait qu’appauvrir ce qui n’était déjà pas fameux…pourtant, il insistait, renforçant même quelques traits, pas toujours signifiants, au stylo noir.
Il rajoutait aussi des cercles, des cercles, des cercles…générant des formes mi insecte, mi papillon…Etait ce pour alimenter son intérêt pour le monde sphérique, déjà manifesté en les trois boules superposées de la bonne homme de neige?
Soudain, le stylo avait fait une tache sur le cou de la petite fille. Le dessinateur avait pris peur : « elle ne pourra plus parler ». Il avait accentué la bavure. Allongée, elle devenait un collier, une marque de soumission...décidément, elle avait la gorge nouée !
Que n’était t’il psychanalyste, du moins apte à décoder ces dérapages, émergence de l’inconscient ! Il décidait de ne plus museler sa part féminine, sa sensibilité et son intuition, tout en gardant un équilibre avec son être masculin.
Malgré le doute, il publierait, en l’état, le texte et le dessin inachevé.
A quoi pourraient bien servir ces moments de créativité un peu dérisoires ?
Dieu seul le sait.