L’UN GENE YEUX
Le petit homme rêvait de devenir ce que l’on appelle un ingénieur du son.
Il fut inscrit, à grand peine vu son niveau mathématique exaspérant, en une université d’électricité, pour préparer à Marseille un concours à passer en France, c’est-à-dire à Paris.
En cas de réussite, fort improbable, les études le mèneraient à ce métier particulier qui consiste à écouter, capter, protéger, embellir, respecter, stocker, diffuser les ondes sonores.
En attendant, le petit homme va jeter un œil sur l’école d’architecture qui l’attire aussi, histoire de voir. Il prend le bus et là, le choc !
Elle est là avec ses grands yeux noirs, son sourire inénarrable, ses pommettes joyeuses, son petit corps parfait….enfin, aux yeux de l’amour d’un jeune de 17 ans.
Elle lui dit seulement, viens, ce soir après mon inscription aux Beaux arts, on peut partir avec des amis, sur un bateau, pour quelques jours vers la Corse.
Sans réfléchir, bien qu’apeuré, le petit homme lui promet de l’attendre à la sortie de l’école jouxtant celle d’architecture. Et il attend, attend, point de Soleil à l’horizon…il attend…lui s’est déjà inscrit en architecture, pour ne pas s’éloigner de sa belle.
Très longtemps après, las, il rentre chez ses parents, à la fois dépité et heureux.
Quoi, tu renonces au Son, après tout ce cinéma que l’on a dû faire pour t’ouvrir quelques portes ?
Oui, répond sobrement le petit homme, en gardant son doux secret.
Dès la rentrée universitaire, il cherche, la voit partout.
Ici, au fond du couloir mal éclairé…Non. Là, dans le patio…Non plus. Il hante les salles des Beaux Arts sans que jamais les grands yeux ne lui parlent à nouveau. Etrangement, il ne désespère pas. Il affirme à ses camarades qu’il ne reste en architecture qu’un an, devant aller à Paris quand viendra Son-heure !
Il ne l’a jamais retrouvée, mais a continué ses études en se spécialisant dans l’acoustique. Enfin, en essayant de son mieux, car il n’a pas hérité de la bosse des maths de son père. "Tu vois, c'est comme ça que l'on résoud le problème, petit homme, tu as compris? Pourquoi tu me l'as dit, je le savais déjà !"...
Une décennie plus tard, un des petits bonheur quotidiens s’est révélé quand le petit homme a abordé la modélisation d’un être sonore sous forme d’une sphère pulsante.
Il a remercié sa Muse et, même, il s’est senti soulagé de ne pas être parti en Corse avec elle, ce jour béni. Il était loin d’être prêt.