LE CACTUS

- Mais arrête de me lancer des piques !
- Tu m’as pourtant dit « j’adore »…
- …c’était pour le jeu de mot, picador !
- Toujours aussi drôle le petit homme.
- Que veux tu, c’est inné : je suis un comique.
- Oui, mais pas dans le sens où tu l’entends…
- …je vois poindre un sarcasme…
-…une ironie mordante, c’est si, euh, charnel ?
- mais tu es en manque ou quoi ?
- Oui, en manque d’amour.
- Avec un grand A ?
- Surtout. Partout où je me tourne, je ne vois que des êtres agressifs, comme ce cactus qui me menace de ses pointes acérées.
- Mais non, il est loin de t’en vouloir, même si tu ne t’intéresses pas vraiment à lui, cet être vivant.
- Je n’arrive pas à le trouver beau.
- Tout est relatif. Que veut dire beau ?
- Euh, bonne question …qui m’émeut et me pacifie par ses formes, couleurs, textures ?
- Quelle vision technicienne de la beauté ! Tu ne parles pas de la vie, à l’intérieur du cactus, ni même des rayons de lumière qui diffusent par ses piques ouverts sur le monde…
-… il est vrai que vu comme ça, il m’est plus sympathique.
- Parce que tu lui attribues une utilité que tu ne percevais pas avant ? Tu en as du chemin pour approcher le grand A.
- J’en suis conscient, n’en rajoute pas.
- Heureusement que la boule verte est pacifiste. Dans sa famille, vivent aussi des carnivores…
- Moi qui te croyais une boule de compassion. Là, je suis déçu !
- Parce que tu attendais quelque chose… Lâche prise, détends toi, picador !