- Tu sais, j’ai rencontré monsieur Proproval, toujours aussi chic, au-delà de ses airs antiques.
- Ah, tu le connais aussi ? C’est le demi-frère de Salomon.
- Qui, le Roi ?
- Mais non, pas celui du célèbre temple perdu ! Il s’agit du marchand de bibelots, là, au coin de la rue.
- Justement, grâce à lui, j’ai enfin vu le temple de Salomon. Superbe !
- Depuis quand organise t’il des voyages ? De toutes façons, il n’en reste aucune trace à Jérusalem.
- Proproval est surtout un fascinant conteur.
- Et il connaît l’architecture du temple de Salomon, son histoire ?
- Pas vraiment. Mais il vend ces petites boules de verre, que je trouvais ridicule, où est insérée une maquette…
-…avec la neige quand on la secoue ?
- Exactement. Eh bien, figure toi que depuis deux jours, je ne trouve plus ces babioles pour touristes risibles ou moches.
- Une révolution intérieure ?
- Plutôt une petite évolution due à une belle rencontre.
- Avec la réincarnation de Salomon ?
- Très spirituel ! Je ne crois pas. Mais je n’y connais rien en ces textes bibliques, ces périodes si lointaines, bien avant le Christ, marquées par diverses luttes
de pouvoirs, à la sauce divine.
- Je n’y entends rien, moi aussi. Qui plus est, je n’ai aucun courage pour lire, étudier, analyser, connaître ces époques. Pour moi, Salomon était certainement un
être de lumière. Cela me suffit.
- Et son temple présente d'intéressantes caractéristiques symboliques.
- Je parie qu’il y avait des coupoles, des dômes, des formes proches de la sphère.
- Perdu. La maquette que j’ai vue montre deux séries de trois tourelles reliées par des remparts, avec une grande tour centrale. Mais il est plus simple de regarder
la photo que je t’ai apportée.
- Tu as pensé, tel que je te connais, au décryptage du chiffre sept, en particulier en sa représentation en chandelier où la grande tour, symbole de l’Humain, est
un lien entre les deux séries de trois tourelles représentant la Terre et le Ciel.
- Il serait plus facile de faire un dessin. De toutes façons, je me rends compte que ces visions n’apportent en réalité rien de transcendant.
- Ni même une réelle joie.
- Si. Une joie quasi indicible persiste en moi. Elle a été véhiculée par la manière simple et vraie dont cette sphère m’a été offerte.
- Par une femme, je pense !
- Encore raté. Un homme que j’ai senti proche, alors que l’on s’est vu très peu de temps.
- Que t’a-t-il dit ?
- Rien que j’ai retenu, d’autant qu’il est israélien et que l’on a parlé en un mauvais anglais. C’est quelque chose d’autre, indéfinissable.
- Les retrouvailles avec un frère lointain ?
- Sous une certaine forme, peut-être. Je pense plutôt à une communion d’âme, un bain régénérant en une sphère de fines gouttes d'eau pure.
- Ton ami me parait vrai, c’est tout. C’est rare. Sois le aussi.
- Le temple de Salomon est redevenu, même enfermé en sa boule de verre, le lieu sacré de l’union entre les tous les êtres.
- Puis-ce cette sereine histoire t’aider à comprendre les raisons de ta gêne, voire de tes rejets envers les Hébreux.
- Parfois, je l’avoue. Mais je pense que cela reste loin du racisme. Ma question tourne autour de : pourquoi tant de violence envers les Palestiniens ?
- Questions de peur profonde de la mort après la souffrance. Mais demande plutôt à ta boule de verre, et écoute, oreilles fermées.
- L’esprit du Roi Salomon me parlera ?
- En tous cas, ton cœur te dictera peu à peu les gestes et paroles de la paix retrouvée. Remercions ensemble.