Ensemble
- Bonjour, je m’appelle banc
- Et moi, boule.
- Super, on va bien s’amuser tous les deux, là.
- Ce jardin n’est pas vraiment un lieu pour faire la bamboula.
- C’est vrai que peu de personnes viennent s’asseoir sur moi pour te regarder.
- Encore moins sur moi.
- Ce n’est pas facile de s’asseoir sur une boule.
- Les enfants y arrivent très bien.
- Mais tu ne peux pas rouler, c’est dommage.
- Oui, je me sens emprisonné en plein air.
- Moi, je n’ai jamais su marcher.
- Comment es-tu venu ici ?
- Deux hommes m’ont porté là, sans douceur.
- Moi pareil. Ils n’ont même pas pensé à me faire rouler.
- Ils sont parfois lourds, ces humains.
- Tu as déjà essayé de t’envoler avec le vent ?
- Ils m’ont noyé les pieds dans du béton.
- Les humains manquent vraiment de respect.
- Et de confiance. De toutes façons, je ne serais pas parti, en tous cas pas loin. Je connais mon rôle qui consiste à soulager les personnes fatiguées et offrir un peu de détente au soleil aux stressés de la ville
- Tu absorbes les tensions dans ton bois et me les transmet, transformées. Je les capte, les stocke jusqu’à ce que l’épuration soit parfaite. Puis je les diffuse peu à peu dans l’ambiance du parc, avec l’aide de mes amis végétaux.
- Je n’aurai jamais cru que tout ce processus pouvait exister. Je t’admirais simplement pour ta forme ronde et ta couleur dorée.
- Et moi pour ta patience et ta générosité pour les gens qui sont pourtant souvent irrespectueux.
- Seuls quelques adolescents gravent parfois dans mon bois les noms de leurs amours. C’est mignon.
- Pour l’instant, personne n’a osé écrire sur mon dos.
- N’es-tu pas en béton, comme mes pieds ?
- Oui. Même mon cœur n’est pas vide.
- C’est mieux. Tu peux stocker beaucoup d’énergies.
- Attend…Là, un couple vient s’asseoir !
- Super, ils ont des manteaux de laine bio. Quelle douceur !
- Ils me regardent bizarrement.
- Mais non. Le petit homme prend son appareil photo. Il t’aime.
- La pluie ne m’a même pas lavé. Je me sens moche.
- Tu es splendide dans ta robe dorée.
- Tu crois que je vais devenir célèbre ?
- Est-ce si important ?
- Non. Le principal, c’est que je puisse continuer ma tache quotidienne avec toi.
- Pas de problème, alors, je suis d’accord.
- Après tout, nous sommes bien, là, ensemble.
- Je ne vois qu’une danse de la Terre pour nous faire bouger.
- Tu veux dire un séisme ou une inondation ? Non, merci.
- Alors restons là vivre notre amitié béton !