POUR UNE FOIS
- Petit homme, cette photo m’a vraiment attristé. Je trouve ce lieu quelque peu sinistre.
- Malgré les arbres ?
- Tu ne vas pas me faire croire que ces lampadaires sphériques ne sont pour rien dans cette image.
- Certes, mais je voulais aussi exprimer autre chose.
- Tu vas nous faire une tirade sur la triade, avec ces trois boules ?
- Je n’y avais même pas pensé. D’ailleurs, il me semble qu’il y avait quatre lampes sur ce pont. Mais j’ai respecté mon parti pris : une seule photo, spontanée, au mieux.
- Bien. Le panneau toutes directions peut t’il t’inspirer ?
- Pour écrire des banalités sur ma vie qui part en tous sens, par exemple ?
- Comme tu le sens. Et que penses-tu d’une envolée sur le besoin des sphères d’un support qui les détruit pourtant en leur pureté ?
- Tu veux parler de ces cylindres d’acier qui apportent stabilité et lumière à la boule de verre. Je trouve le symbole intéressant : structure plus petite, d’une autre matière, creuse aussi, mais accueillant de quoi nourrir une flamme intérieure.
- Mais électrique.
- L’art de casser mes essais d’écriture plus sensible, à prétention poétique.
- Pour une fois, j’aimerai que nous admettions qu’après tout, ces sphères sont plutôt laides, sales, et sans intérêt artistique en cet aménagement routier.
- Je cherche toujours la limite entre le constat et le jugement…Cela dit, je découvre de plus en plus qu’il faut le laid pour apprécier le beau.
- Mais pas l’inverse ?
- La question est bien là ! Je me demande comment dépasser cette dualité.
- Tu rêves aux moments où le laid n’est que le moins beau du splendide…
- Cette formulation ne me satisfait pas vraiment, mais la justesse des mots vient, peu à peu, je la perçois.
- Alors, passons ce pont, et écoutons la, en silence