LE MIROIR
Le petit homme aime les mondes de la forme, les volumes, en toutes matières.
Bien sûr, il a certaines préférences, le bois, les tissus, le liège, la pierre, la terre. Il a une forte tendance vers les matériaux naturels, si possible écologiques.
Point ne lui vient l’envie de définir ce qu’est vraiment le naturel et l’écologie. L’intellectualisme qui noie la beauté des environnements le démoralise.
Il préfère le paysan qui, les mains en terre fait vivre les sols, à l’ingénieur qui effectue un prélèvement de ses doigts gantés. Certes il reconnaît sa vision caricaturale mais l’assume.
Le petit homme accepte aussi, après des décennies de haute lutte, son manque de précision et de patience.
Même pour une maquette en carton, son travail est approximatif.
Dernièrement, renouant avec son intérêt pour les sphères, il a réalisé un dôme basé sur des surfaces simples de triangles et de quadrilatères. Avec le reflet du miroir, l’approche de la sphère l’a rendu un instant heureux.
Dérisoire, certes. Ridicule, peut-être. Enfantin, sûrement. Sans intérêt, qui sait ? Peu lui importe, le petit homme a appliqué à l’objet cette idée que chacun est le miroir de l’autre. Si l’on accepte de lire en celui qui nous ennuie l’image de nos propres comportements, il est possible d’avancer, même jusqu’à remercier l’interlocuteur.
Mais avancer vers quoi ? L’unité, naturellement.