FAIRE SPHERE
- Comment peut-on réaliser une sphère parfaite en fils de faire ?
- De fer ! Oui, avec beaucoup de patience, il est possible de prendre une boule et de la recouvrir peu à peu en un maillage convenable, sans trop de superpositions.
- Mais tu ne peux enlever la boule interne quand tu as fini.
- Il te suffit de prendre une boule de glace ou de beurre.
- J’avais pensé à un ballon gonflé que tu éclates ensuite.
- La question reste que le ballon se déforme pendant que tu travailles.
- Et si tu mets plus de pression ?
- Soit il est épais et une forte dépense énergétique est nécessaire, soit il est fin et il explose.
- Qui plus est, je te vois venir, le gonflable est en caoutchouc, venant de loin et ayant subi de multiples transformations polluantes et énergivores.
- Oui, restons simple. Prenons la terre locale et réalisons à la main, patiemment, une sphère la plus régulière possible.
- Un travail d’artiste.
- Aussi une longue expérience du geste juste, porté par une respiration adaptée.
- Un chemin initiatique.
- En tous cas, un beau travail sur la patience, la précision, la persévérance, la volonté, la confiance.
- C’est tout ? Une vie seulement, ou même plusieurs. Facile !
- Pourquoi pas?La question reste de couper la boule réalisée en deux, sans déformations majeures. Cela dit, si tout ça est trop compliqué, tu trouveras certainement une sphère chez un brocanteur, par exemple un globe terrestre, ou un ballon thérapeutique chez ton kiné.
- Tu me fais rire, avec tes réponses à tout. Mais, plus sérieusement ?
- En fait, il te suffit de recoller deux hémisphères, avec le même matériau.
Fil de fer en ton cas.
- Le raccordement ne sera jamais parfait.
- Pourquoi veux tu être parfait ?
- Pour aller vers Dieu.
- Mais quand tu fais de ton mieux, tu t’en approches, non ?
- Je n’en sais rien. En tous cas, la question se résume en : quel matériau local est le plus adapté pour réaliser ma sphère ? Je te remercie de m’avoir épargné l’ecobilan désastreux de la sidérurgie pour mon pauvre petit fil de fer.
- Il te suffit de regarder autour de toi. Le papier y domine. Essaye la pâte à papier.
- Oui, mais l’encre est polluante et il faut beaucoup d’eau. Sans parler des forêts mal gérées.
- Là, tu me fatigues. Le respect écologique aussi n’est jamais parfaitement maîtrisable. Il est nécessaire de faire des compromis.
- Je préfère un autre moyen, simple. Dessiner ou peindre. Donner du volume, à plat. Cela aussi est un art.
- En ton cas, une paresse. Oublierais-tu ta recherche de perfection ?
- Peindre une sphère est aussi un travail perfectible de rencontre entre le matériel et le spirituel.
- D’autant qu’ils ne sont jamais séparés…
- Cela dit, honnêtement, oui, je laisse ma prétention vers le parfait. Je m’en sens plus léger. La boule qui m’étouffait s’évacue peu à peu. Je fais de mon mieux, instant après instant. C’est tout !
- Tu as raison : il est grand, parfois, de se sphère tout petit.