EN NUIT EST

Publié le par vahram

NUIT 

 

Il fait nuit. Toute la journée, le gris a écrasé la vie, attristé même les clowns qui s’entraînaient à rester en équilibre sur des ballons. Le spectacle n’aura pas lieu. Le vent a fait voler la structure de toile qui abritait le petit cirque. Il fait nuit. Chacun trouve à se loger chez l’habitant, comme on dit. Une belle solidarité, qui existe pourtant seulement dans le malheur. Mieux que rien.

 

 Demain, ils essaieront dès l’aube de retrouver les restes des caravanes, du chapiteau, qui sait, déjà à l’autre bout du monde ? Le petit homme a la chance d’accueillir un des clowns, toujours maquillé, portant encore son nez rouge. Il est abasourdi. Il se sent inutile, ce soir, il n’entendra même pas rire les enfants. Très vite, cela reviendra, essaye de lui dire le petit homme pour le rassurer.

Puis, sans raison, il lui parle de sa boule rouge, au milieu de son visage blanchi, aussi par l'émotion. Finalement étrange cette vision d'un clown sans expression... Par chance, ils ont en commun la passion des sphères. L'échange, la relation humaine peut s'établir, même en gardant leurs masques. Le petit homme découvre que les ballons prennent une belle place dans le spectacle. Même les animaux s’amusent à avancer sur des boules de caoutchouc. Heureusement qu’ils ont été sauvés après le petit cyclone.

 

Bizarrement, les images d’un éléphant cherchant l’équilibre sur un gros ballon leur font peu à peu revenir des élans de joie enfantine. Ils rient. Peu à peu de tout. Puis de rien. Ils en oublient la nuit, de plus en plus sombre. Les étoiles se cachent derrière les nuages. Elles ne parleront pas directement aux humains ce soir. Seulement par leur rayonnement. Mais cela, de jour comme de nuit…

 

Les compères continuent cependant à rire, et commencent même à se sourire.
Cela éclaire la nuit noire d’un espoir nouveau. Soudain, le petit homme regarde par la fenêtre. Là, sous ses yeux ébahis, le jardin s’est éveillé à la lumière de deux sphères orangées. Dire que cela fait des années qu’il n’a pas remarqué ce paysage simple et beau, là, sous ses yeux. Tirant de sa poche un harmonica, le clown, ni une ni deux, improvise une musique en hommage à cette nuit finalement si profonde. Le petit homme saisit sa guitare et se lance. Le miracle a lieu. La mélodie juste est trouvée, celle de l’instant. Pourtant, il fait nuit et les deux musiciens sont tristes. Et heureux à la fois. Paradoxe ? Non, secret fondamental !  Qui fond dans le mental... c'est l'en nuit.

 

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