A PLEINE MAIN
- J’en suis à bout de ces sphères.
- Impossible, une sphère n’a pas de bout.
- Si, une infinité !
- Alors tu ne peux en être venu à bout.
- Je parlais de mon inspiration, de mon imagination,
de ma compréhension.
- Je trouve que tu en as encore suffisamment.
Après tout, tu devrais n’être qu’un scribe.
- Un transmetteur de pensées venues d’ailleurs ?
- Pas d’ailleurs, elles proviennent de sphères te parlant divers langages. Tu essaies de les traduire en un français parfois plaisant, parfois lourd, jamais neutre.
- Enfin, la vie, quoi ! Mais j’ai la sensation de ne pas la prendre en pleine main.
- Quoi, la boule vitale ? Il semble en effet qu’elle te reste plutôt en travers de la gorge.
- J’ai en effet des difficultés à exprimer mes pensées, de peur de froisser, juger, qui sait angoisser mon entourage.
- Ton verbe serait-t-il si puissant ?
- Les mots sont porteurs d’une énergie parfois dévastatrice, sans que leur sens premier ne soit directement en cause.
- Cette même force peut donc aussi être constructrice. Je me demande pourquoi l’on croit plus facilement au négatif.
- Et pourquoi Dieu, qui devrait être Tout, ne serait que le positif, le beau, l’harmonieux ?
- Encore cette question ? Que répondre si ce n’est que la souffrance existe et qu’il est mieux de l’alléger, voire la supprimer.
- Juste accepter que l’on ne peut pas répondre, indicible dit bien ce que cela veut dire…
- Toujours drôle, petit homme, enfin pour moi, ici, maintenant.
- Et tout ça pour accompagner une photo de ballon de football pris en pleines mains par un homme et une femme.
- Beau symbole d’union.
- Si personne ne le tire à soi…
-…ni ne le lâche…
-…mais donne la même impulsion pour laisser le ballon rouler droit devant lui.
- Le couple peut aussi ouvrir seulement les mains en même temps, sans pousser la balle, et l’admirer prenant son chemin, à sa guise !
- Un summum de démocratie participative.
- Je me disais bien que Paul et Paule avaient des tiques depuis quelques jours !
- Surtout depuis qu’ils sont allés au bal.
- Ils ont trouvé le bal long, m’ont-t'ils dit.
- Ce n’était pas une raison pour prendre du caviar à pleine main au buffet !
- Ils cherchaient un bon moyen pour se faire virer. Histoire de jouer les victimes...
- Quelle idée, aussi, de présenter ces œufs si chers en un ballon de football !
- La question reste qu’ils me semblent au bout du roule-eau.
- C'est leur problème... mais ça tombe bien, j’ai grand soif !
- D'eau?
- De Paix.